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Machefeuille, 25 septembre de l'an des chanterelles...

Mini Dragon,

je suis encore vivant – en sursis certes- mais vivant.

Après leur forfaiture -le raid dévastateur qu'elles effectuèrent sur les pousses nouvellement levées du potager de Marie Blanche- les cocottes endeuillées ne furent point relâchées... Sauf une fois !! Encore une scène d’anthologie que je vais vous narrer dans l'instant et qui mit un point final, du moins je l'espère, à toutes nouvelles tentatives d'éradications des « nuisibles » par la gent gallinacée.

Armé d'une baguette de bambou flexible dont il avait testé l’efficacité en fauchant de quelques moulinets les têtes d'orties d'un coin reculé du jardinet, voici notre Narcisse expliquant à ses « Attila » emplumées, les consignes à respecter.

Guignol en salopette...Vrai de vrai...encore sous le coup de l'émotion de la mémorable engueulade dont il fut la victime, notre écolo s’efforçait, à croupetons pour être à la même hauteur que ses élèves, de faire entrer dans la cervelle des caquetantes les interdis et autorisés du potager. Autant vous dire que les cabochardes n'en avaient rien à battre. Intriguées par les gesticulations grandilotesques de la baguette prolongeant la main du « prof » comme le doigt de dieu, elles ne le furent que cinq secondes au cours desquelles leur œil mi-clos soupesa la probabilité selon laquelle cette « chose » pouvait être becquetée. Leur crête frétillait comme un toupet de feu à chaque mouvement de tête, un coup à droite, un coup à gauche et quand elles eurent conclues, d'un commun accord, que ce bidule ne valait pas tripette, elles repartirent à leur occupations -gratte gratte- dans leur enclos, opposant deux croupions frisottés aux toupets de moins en moins fournis de Narcisse.

- « Bon, dit-il revenant à la position normale du bipède avec force grimaces et gémissements. L'humain s'rouille avec les ans.

-Vous avez compris ? »

Intimement convaincu que les « règles » qu'il venait d'énumérer étaient bien enregistrées dans leur p'tit crâne de piaf, Narcisse ouvrit en grand le portillon de la basse-cour et, gonflant la poitrine à la manière d' un militaire recevant la médaille du mérite regarda la gent gallinacée domptée(qu'il croyait) passer du poulailler au jardinet avec une indifférence quasi insultante. Gratte-gratte...bec-bec, gratte-gratte, coup d’œil à gauche, coup d’œil à droite, gratte-gratte, bec bec...

Elles se cantonnèrent ainsi à l'allée, en dispersant les gravillons, grappillant pour de faux d'imaginaires vermisseaux et ce jusqu'à ce que Narcisse posât son postérieur sur une souche originairement destinée à une jardinière de pétunias et laissée vacante jusqu'à la montaison des semis.

Elles l'observaient du coin des paupières et quand elles le jugèrent bien installé et suffisamment détendu -entendez par là dodelinant du chef à l'approche de l'endormissement- elles commencèrent à diverger, l'une vers le nain de jardin montant la garde -sourire narquois aux commissures, pioche à l'épaule vermoulue- sur les semis de radis et l'autre vers la cagouille de pierraille dont le pied de 10 pouces servait de logement à toute une population de coléoptères et autres cloportes -dont le grouillement silencieux présageait moultes plaies à venir- et qui dominait de sa coquille bien remplie, l’absinthe ébouriffée de plants à repiquer.

Somnolant aux trois-quarts, Narcisse ne vit rien de l'affaire et les sournoises gloussotant entamèrent fissa leur festin. Qu'elles étaient savoureuses ces brindilles jeunettes, gorgées de sève fraîche condensée de parfums. Semées dans un terreau léger comme mousse de bière, elles n’opposaient aucune résistance à la traction des becs adroits qui les cueillaient, passant de leur nid tiède au sein de la terre à la langue rugueuse des ravageuses qui se gavaient.

Encore une fois, ce fut Marie Blanche qui mit fin au carnage. Elle sortait de la buanderie -c'était jour de lessive- un foulard époustouflant de couleurs noué sur la tête à la manière des mamas des îles. Posée sur sa hanche, une panière emplie de nippes et de guenilles réveillait ses vieilles douleurs, lui arrachant force gémissements.

L'information mit quand même un certain temps à se frayer un chemin jusqu'à son cerveau ce qui laissa aux poulettes le temps de saccager un peu plus les semis.

Alors que, l’œil clos, Narcisse nageait dans on ne sait quelle béatitude, le hurlement de sa moitié le fît dare-dare retomber sur le plancher des vaches. De saisissement, il en chût cul par terre. Envoyant valdinguer panière et fripes propres, l’îlienne de pacotille s'élança à grande vitesse sur les gravillons de l'allée, hululant comme une chouette, agitant les bras comme sémaphore dans la tempête et, frôlant de sa trajectoire notre gardien de poules vautré dans le gazon comme un gros hanneton, mit en fuite cocottes, moineaux et merles noirs banquetant sans vergogne dans son beau jardinet.

Il fallait la voir, rouge de colère, sprintant comme une athlète en quête de record derrière la cotcodète qui, sentant sa dernière heure arriver, passa du mode course zigzagante au mode vol affolé.

L'autre poulette, finaude, avait regagné la basse-cour, faisant un détour significatif pour ne pas entrer dans le champ de vision de la coureuse ni dans celui de Narcisse, qui, vaille que vaille, ayant retrouvé la position « bipédique » d'usage chez les humains, et participait de l'indignation de sa femme en agitant les bras comme un moulin à vent.

L'air indigné, il le prit, s'employant vaillamment à tenir tête à la furie ébouriffée qui lui fît face ensuite.

Les « mais Mimine » balbutiés n'arrangèrent en rien son affaire.

Les mains tendues en signe de bonne foi ne lui valurent aucune indulgence du jury.

Elle, lui postillonnant son indignation à deux doigts des moustaches, s’efforça tout d'abord de reprendre son souffle, puis, une main sur le cœur une autre sur les reins, lui opposa un mutisme qu'il jugea de fort mauvais aloi et fort peu réjouissant.

Puis, lui tournant le dos d'un air indigné, elle partit récupérer sur l'herbe verte ses pelures éparpillées et se dirigea, outrageusement chaloupante, vers l’étendage où elle suspendit, avec une lenteur qu'il jugea exaspérante, les chiffons chiffonnés chuchotant et chuintant.

Narcisse en déduisit fort judicieusement que :

-La soupe à la grimace, il n'avait pas fini d'en manger les légumes nouveau-nés gisant pour l'heure dans l'estomac des veuves noires.

-Le canapé du salon, il n'avait pas fini de s'y tourner et retourner vu la tournure que prenaient les choses.

-Il avait mal à la gorge ?! Ça tombait bien, ses cordes vocales allaient être au repos pour un sacré bout de temps !

J'ai compati, sisi, je vous assure, mais à peine. Que voulez-vous, j'ai un mauvais fond.

Voila, Mini Dragon, l’entracte est terminé...

Provisoirement calmé, Narcisse s'est résolu à desserrer les liens de sa bourse pour acheter du grain et se prive de pain pour en laisser à ses poules qu'il commence à regarder d'un sale œil en bougonnant, ce qui est signe d'orage.

Ma vie est en sursit mais je rigole bien profitant sans façon du monde des humains.

Je vous salue bien bas, lézard du Creux du monde et souhaite de tout cœur vous lire prochainement.

PetitGris

PS : Barnabé se porte comme un charme. Vous semblez avoir mis la main sur un élixir magique. L'avez-vous essayé sur votre queue ?

 

 

Cagouille and Co (9)
Tag(s) : #La vie des bêtes.

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