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Le vêtement c'est comme une double ou une triple peau. Sous une chemise ou un caleçon, sous une veste ou un pantalon, la peau vivante et fine, la vraie, la première barrière de protection de notre corps, celle qui représente notre organe des sens le plus étendu et peut-être le plus irremplaçable, la peau vivante et fine dès qu'habillée devient telle un œil aveugle, une oreille sourde, un nez anosmique, une langue agueusique et même muette.

Privée de respiration, la peau perd de son velouté, devient moite, empeste, oublie la bonne odeur de bon pain qu'elle acquiert au soleil, nécessite tant la mousse du savon que d'abominables produits chimiques aux maléfices anti-transpirants ; elle s'avère alors incapable de communiquer, alors que déshabillée, dans la nature, parée de tous ses poils et duvets à conserver s'il vous plaît, elle respire – oui respire – la santé et n'éprouve le besoin d'aucun artifice.

Ce préambule pour vous dire qu'il est bon de pouvoir se mettre nu dehors, ne serait-ce que dans l'intimité de votre jardin, sur le bord de votre propre piscine, si vous avez la chance d'un posséder une, ou encore sur un sentier de montagne, à l'ombre d'une forêt, au repli d'une dune, sur la rive, parmi les roseaux, d'un étang de Bourgogne ou d'ailleurs.

Vous me direz que c'est interdit, voire puni, et je vous rétorquerai que la loi, en la matière est bien imprécise. Mais là n'est point mon sujet.

Alors avant d'en tenter l'expérience, rêvez un peu.

Vous venez d'abandonner la voiture sur un parking d'une forêt du Morvan, vous savez celle qui depuis des siècles alimente Paris en bois de qualité.

Toujours habillé, vous empruntez un sentier que vous connaissez pour sa joliesse et son calme. Il est bordé de talus fleuris (ça fait du bien de lire ça en décembre) et de hauts arbres font alterner les zones d'ombre et de soleil.

Vous pénétrez à peine sous la futaie, y choisissez un chêne remarquable au pied duquel vous allez plier vos vêtements. Vous procédez doucement, tout doucement, dans l'ordre respectueux du plaisir, pour ne manquer aucune sensation. D'abord la chemise et vous tombe sur le dos le chaud effleurement des rayons de Phébus. Puis chaussures et chaussettes et vos pieds, immédiatement soulagés car ils étaient las d'être comprimés, tâtent prudemment la douceur de la mousse où s'égaient quelques feuilles sèches. Le pantalon tombe et le slip à son tour ; aussitôt un courant d'air fripon s'insinue entre vos cuisses, en fait frissonner la pilosité, tandis que le zéphyr faisant le tour de votre poitrine provoque une légère crispation du bas du dos et une savoureuse contraction des pectoraux dont les pointes durcissent et s'entourent d'une infime chair de poule.

Les lunettes de soleil, comme la casquette ont chu, libérant votre regard qui inquiet accomplit un tour d'horizon à trois cents soixante degrés.

Car vous n'avez pas l'habitude d'un tel strip-tease et vous craignez encore la survenue de quelque fâcheux passant.

Là, je ferai une pause. Et si c'était vous-même le passant surpris par la présence, sous la frondaison, d'un humain nu, en seriez vous vraiment offusqué ou simplement gêné ? Ou en profiteriez-vous pour vous rincer l’œil ?

Vous voici donc en pleine nature dans la tenue d'Adam, celle du paradis terrestre qu'on n'imagine pas de fréquenter en complet-veston, un paradis retrouvé mais vous n'êtes pas au bout de vos perceptions car les plus fortes et suaves vont venir avec la marche, puis avec la course.

Tout d'abord, vous devez habituer vos pieds à leur toute nouvelle expérience. Auparavant ils ne savaient rien de l'humidité de la boue, de la dureté des cailloux, de l'agressivité des épines. Maintenant, il vous faut les épargner de toute blessure ; ils vous en récompensent en vous transmettant, ce qui est impossible avec des chaussures, la vraie matière du sol avec sa texture, ses résistances, ses souplesses et ses aspérités ; votre équilibre en est bouleversé ; vous prenez conscience que c'est un vrai plaisir.

Le second bonheur, c'est que, plus vous avancez vite et plus vos parties intimes (pourquoi dit-on intimes alors qu'on ne pense qu'à les partager?) se mettent agréablement en mouvement, ce qu'interdisait la fameuse poche kangourou, et ce balancement est à l'origine de sensations nouvelles.

Et puis il y a toute cette surface de peau, près de deux mètres carrés, exposée au grand air lequel devient de plus en plus perceptible et indiscret quand la vitesse de progression augmente. Caresse du vent, caresse du soleil, frôlement d'un insecte, d'une herbe, de l'extrémité d'une branche, attouchement de la main sur la fesse qui révèle sa nudité inhabituelle, son grain, sa musculature sous-jacente. Vous avez l'impression de vivre dix fois plus intensément, à en souhaiter la survenue de la pluie ou d'une tempête pour éprouver tout cela en son paroxysme.

Mais voici que votre progression est arrêtée par la rive d'un étang, miroir de jais entouré de hautes cimes, mais dont l'eau parfaitement transparente laisse observer les feuilles mortes entassées au fond, au-dessus desquelles jouent quelques alevins.

En y entrant vous brouillez la surface sereine et sentez vos orteils, d'une manière presque jouissive, s'enfoncer dans quelques centimètres de vase tiède, mais la fraîcheur vous surprend dès que votre torse s'enfonce enfin dans ce fluide à la suavité extrême. L'eau stagnante naturelle possède des douceurs à nulle autres pareilles, mais sa qualité ne supporte pas le moindre écran entre sa fluidité sensuelle et la peau. Le maillot est sûrement le pire ennemi d'une baignade jouissive. Nageant les yeux juste au dessus de la surface, votre regard est guidé vers quelques oiseaux aquatiques s'ébattant un peu plus loin entre les nénuphars…

Après de longues brasses, sans complexe, vous vous étendez à même le sol dont les brindilles se fichent dans votre dos alors que vos cuisses, que votre ventre et votre sexe – oui votre sexe -, que votre poitrine se sèchent et se réchauffent aux rayons presque verticaux de l'astre du jour.

Vous vous relevez, vous vous brossez de la main, partout… vous avez oublié où se trouvent vos vêtements, vous vous regardez, tel Narcisse, dans la surface réfléchissante du petit lac et vous vous trouvez beau, car le naturisme conduit logiquement à un culte du corps jusque-là négligé.

Vous vous trouvez beau et vous n'êtes pas le seul car en vous retournant, moment onirique, vous vous trouvez nez à nez, et pas seulement nez à nez... avec la nymphe, divinité de ces lieux, qui vous ayant suivi et imité se trouve dans la même tenue non réglementaire ni vestimentaire…

Je n'en dirai pas davantage si ce n'est qu'elle possède une peau claire mais hâlée, une toison pudique, des boutons de rose sur ses pectoraux gonflés, des lèvres ouvertes sur des dents de neige et des yeux, oh ! Des yeux…

La rédaction de la suite sera plutôt l'apanage de l'auteure de ce blog ayant fait ses preuves dans le domaine des récits suggestifs !

Moi je me serai contenté du premier effeuillage, en m'en demandez pas davantage.

 

 

Je vais essayer d'écrire la suite de cette rencontre ...

Le blog de Dominique, ici.

 

 http://monpetitjournaldicietdailleurs.over-blog.com/

 

 

Illustration extraite de : http://tresors.oublies.pagesperso-orange.fr/EnDehors/Rouquet-ElogeNudite.htm

 http://tresors.oublies.pagesperso-orange.fr/EnDehors/Rouquet-ElogeNudite.htm

http://tresors.oublies.pagesperso-orange.fr/EnDehors/Rouquet-ElogeNudite.htm

Tag(s) : #Textes d'à les zautres

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