Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Boudiou, je vous imagine débaroulant à la manière d'un sanglier, des fougères sur le crâne comme un militaire en planque, essoufflé d'avoir mouliné dans les rousses hampes crissantes d'automne.

Vous m'auriez regardé d'abord, mesurant l'ampleur de ma desespérance d'un seul regard.

Mes yeux rougis, cernés de mascara, mes épaules ployées comme portant un fardeau, ma bouche amère dont vous connaissez pourtant les pouvoirs.  Ce spectacle vous   aurait serré le cœur.

Moi qui aime tant rire, j'étais tellement en peine. 


 

Doucement, pour ne pas m' effaroucher, vous vous seriez avancé, vous entropant dans les ronces griffues, écartant d'un geste de semeur les fragiles herbes hautes panachées de p'tites graines.

 Reprenant haleine peu à peu, respirant un grand coup pour calmer votre trouble, vous auriez ouvert vos bras de chasseur poilu (c'est vous qui le dites) pour me recueillir dans leur chaleur...

Votre main sur ma nuque, pour coller mon nez contre votre torse, votre bras autour de ma taille pour bien me plier à vous, vous auriez respiré mes cheveux...

Puis, aspirant mon chagrin, vous auriez murmuré les mots qui consolent, les mots doux des hommes qui savent les peines des femmes. 

Je vois vos yeux fermés pour ne penser qu'à moi, ma raideur qui s'amollit, le calme qui me prend...petit à petit...

Vous desserrez votre étau, m'éloignez un peu, passez votre pouce sous mes yeux pour effacer ce charbon qui les souille, glissez sur ma joue, effleurez ma bouche.

Déjà, je suis moins amère parce-qu'un homme partage ma misère....

Puis votre bouche sur ma joue...

Puis vos lèvres dans mon cou, grappillant sur la veine saillante qui pulse ce reste de chagrin qui se dilue enfin...

Le trouble qui nous tient...Nous glissons...

Nous glissons sur la mousse qui nous recueille sur son vert céladon. 

Nous glissons sur les herbes que nous écrasons de nos poids conjugués. 

Je vous laisse fouir dans mon cou, lécher mes larmes amères, écarter de vos doigts impatients les pans de ma toilette. 

Je regarde le ciel, tout là-haut, dépeigné par les mille petites aiguilles des pins. 

Puis je ferme les paupières. 

Vos lèvres sont sur mon sein. Vous me tétez comme un enfançon et mon ventre frissonne. 

Vos cheveux caressent mon menton. 

Vos lèvres humides tracent leur route sur mon ventre affolé, s'attarde sur mon mont de Vénus puis glissent sur ma cuisse. 

Je halète. 

Je sens votre haleine chaude effleurer mon bouton mais vous retournez sur ma cuisse, retardant, gredin, l'instant de mon naufrage. 

Mes mains se crispent sur votre tête. 

Un dernier sanglot roule dans ma gorge et je gémis, mon chagrin avalé, je m'ouvre à vous. 

Mes doigts agrippent vos cheveux, et vous...et vous...

Sursaut. Je halète. 

Vos lèvres sacriponnes écartent mon secret. 

Votre langue fébrile chahutent mon bourgeon. 

Des papillons de feu s'envolent de mon ventre et je crie au soleil qui pénètre ma chair.

Et je crie au bonheur de n'être que femelle, dégustée par un mâle en habit de chasseur qui a le coeur si tendre qu'il en oublie sa traque, pour venir, essoufflé, me butiner la fleur. 

 

Chasseur sans son chien. Coquin.
Tag(s) : #Au jardin des délices

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :