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Labyrinthe...

Marquise, elle s'enfuit, roucoulades sonores, perruque enrubannée, ses jupons relevés sur ses chevilles fines bottinées de vert vair battant comme ailes d'angelots. Candélabres partout, douces étoiles captives, lueur fugueuse, gouttes de cire, le vent chahutant tout sous son souffle indompté. Sous l’œil rond de la lune un ange vole... Brocards, satin, ors et argent noués, un marquis perruqué poursuit la toute belle. Sourcils froncés, limite agacé, voila 10 bonnes minutes qu'il poursuit l'insolente. Toute la grande soirée elle l'a allumé ! Assis en face d'elle lors du banquet orgiaque, il n'a tout d'abord vu que ses lèvres aguicheuses.

Le marquis de Tournemine s'ennuyait à mourir, mâchouillant pour la forme une pâte de fruits, quand son regard errant crocha sur la coquine.

Une bouche écarlate suçant un cornichon, voici ce qu'il vit tout d'abord.

Morbleu pensa t-il, jolie scénette !!

C'est que la mâtine y mettait tout son cœur, expulsant, aspirant, collier vermillon sur verdeur érigée, elle pompait, mordiou, elle pompait, creusant même les joues. Fasciné par ce tableau, Tournemine en oubliait de fermer la bouche.

- « Hé bien marquis, vous baillez??? Ceci accompagné d'une vigoureuse bourrade dans le dos. Son voisin, un manant échoué à ces agapes par erreur sûrement, venait de propulser le bout de pâte de fruits qui oscillait de la langue marquisale à la nappe damassée, et de faire choir du même coup, le mateur du nuage érotique où il était juché.

- Elle est belle, hein, cette garce !! Continua l'importun, torchant d'une manchette son menton ensaucé.

- Qui c'est??? Parvint à demander l'offensé en oubliant sa morgue.

- La fille du comte de Malpasset. Corneguidouille, elle est plus chaude qu'un tison sorti des feux du malin et vous a dans son collimateur. Que le diable me châtre !!! Si elle me regarderait, moi, de la sorte, y a belle lurette que j'aurai quitté cette table et lui aurais conté, dans le cou, les suites de ses manœuvres. Héhéhéhé ajouta-t-il, guignant la belle et son manège.

Passant une langue gourmande sur ses lèvres rubicondes de bon vivant trop bien nourri, il fît mine de se lever, exposant par là même sa bedaine rebondie enserrée dans un gilet de satin aussi chamarré que ses joues de vorace.

Croquant finalement dans son cornichon, Mademoiselle de Malpasset, ingénue comme pas possible (Léone pour les intimes), mit fin à son spectacle, rappelant au marquis qu'un cornichon n'est, finalement, qu'un concombre en devenir et que, tant qu'à faire, finir en charpie dans la bouche d'une belle valait mieux qu'être coupé en tranches et mis à dégorgé dans un bol de gros sel.

Lâchant à grand peine la jolie fin de la cucurbitacée tourmentée et hissant ses châsses enfiévrées juste un nez au-dessus, Tournemine se trouva enlisé dans le miel. Un miel délicieux, d'acacia sûrement, teinté d'une pointe de hardiesse aussi acérée qu'une rapière de duelliste. Souffle court, il sombra, sans se débattre, refit surface un coup, aspira l'air à grand poumons et ...replongea, pour ne plus émerger. Entre deux eaux qu'il nageait le marquis, respirant par un roseau, sombrant dans le nectar, emmailloté de sucs sirupeux et moelleux, englouti dans une gourmandise délicieuse comme les pruneaux caramel dont il raffolait d'ordinaire ! Là, même un plateau entier de ce péché mortel n'aurait pu l’extirper des flots où il sombrait.

Et il en fut ainsi tout au long du banquet.

En apnée, envoûté, il ne vit rien du ballet virevoltant des laquais ré-emplissant les verres, rien des poulardes, pigeons et autres volailles sitôt posés sitôt engloutis. Il ne vit pas les truites, les goujons et les anguilles dont le jus ruisselant gouttait sur les mentons. Il ne vit...rien que les manœuvres lubriquement suggérées par l'apparente oie blanche qu'il avait pratiquement en face de lui.

Son voisin, de plus en plus aviné, profitait lui aussi du spectacle et de fréquents coups de coudes de moins en moins retenus, meurtrissaient le biceps de notre marquis qui en oubliait d'honorer le festin.

Léone s'ingéniait, sans fin...à...à...

La garce !! pensait-il. Elle le fait exprès !

Gobée avec délice, une huître en lait, malencontreusement croquée avant la bouche close, sinua, orvet de porcelaine, jusqu'au menton de la maladroite et serpenta jusqu'au bombé gracieux d'où il disparut, effacé d'un trait de coton blanc. Magie de l'imagination et de la lubricité, la plus innocente cerise, confite ou pas, signait la déconfiture de Tournemine. Roulée entre les doigts fuselés de l'ingénue déchaînée -et apparemment sans intention autre que d'en vérifier la rondeur parfaite- le burlat devenait un tétin vermillon. Porté à sa bouche par les doigts fuselés parés de coquillage, il roulait entre les lèvres, provoquant chez le marquis une élévation certaine de l'insoumis du bas. En effet, il lui aurait été fort embarrassant de se lever pour quitter la tablée, son ventre, barré d'un trait d'union épais, aurait entravé la manœuvre. Il n'avait pas bandé ainsi depuis des mois. Sollicité, certes, il l'était ! De trop, justement. D'où le manque d'appétit qui le tenait depuis un temps. Il fallait, aux femmes obstinées qui arrivaient à l'attirer dans leurs rets, des trésors de patience pour éveiller sa bête. D'ailleurs sa réputation commençait à en souffrir grandement. Avec cette gourgandine, il retrouvait son allant. Regrettable, toutefois que ce fut en public. Mais elle ne perdait rien pour attendre.

Léone, quand à elle, avait tôt mesuré son pouvoir sur ce mâle.

En arrivant, d'un regard aiguisé, elle avait jaugé l'assemblée.

Marquis et marquises...De gros gras bonhommes, engoncés dans des costumes taillés sur mesure -mais qui n'avaient malheureusement pas suivis l’engraissement rapide de leur propriétaire- déambulaient dans les couloirs tels des paons pacotilles. Boudinés, perruqués, poudrés à frimas et plâtrés à la truelle de talc immaculé, ils riaient bouches ouvertes sur des chicots jaunis. Parfumés à l'excès, pour cacher leurs odeurs, ils puisaient par pincées du tabac à priser dans des tabatières rondes comme des pommes d'amour. Aucun ne reteint son attention. Et leurs épouses, corsetées, baleinées qui étalaient leurs ors et leurs bijoux clinquant en guignant leurs voisines derrière leur éventail. Une assemblée de vieilles oies caquetantes, rivalisant de gloussements et de méchancetés.

L’hôtesse, fendant la foule comme l'étrave d'un navire ouvrant la mer, avait fondu sur ce gentilhomme qui venait d'arriver.

Œil en coin, Léone regardait.

Une bonne tête de plus que les humains présents, l'air arrogant de la noblesse de robe posé au coin de son sourcil relevé et de sa bouche pincée, il emplissait son costume chamarré d'une force tranquille. Rien à voir avec les glouglous gras qui pavanaient sans fin. Celui-ci avait la nerveuse tournure du bretteur affirmé, la tranquille assurance du courtisan idolâtré. Il eut tôt fait, lui aussi, eut-elle l'impression, de jauger les êtres sous l’apparat, son regard d'aigle glissant sur la basse cour, sans la voir, elle, la charmante, perdue qu'elle était au milieu de cette volaille exubérante.

Quand le maître d’hôtel annonça le dîner, elle s'arrangea, avec force sourires et roulements d'épaules, pour se poser en face du marquis, juste un peu décalée. Elle le lorgna ainsi, jusqu'à ce qu'enfin, il pose son regard sur elle.

Le spectacle pouvait commencer.

Le haut dossier du fauteuil où elle était lovée encadrait ses épaules nues de jaune poussin entrelacé de volutes fleuries bleu royal. Un vrai tableau de maître découpant son empreinte sur le chaud vermillon de lourdes tentures closes. Camé, poli au ciseau doux, son visage serein, serti dans une perruque modeste d'un blanc virginal, offre au marquis conquis une feinte innocence. Un bouillon d'anglaises minuscules dévalent du cou jusqu'au...jusqu'au...

Le marquis expire.

Cette...impudique chatte porte une toilette outrageusement décolletée qu'un voile -logiquement sage- met en valeur plus qu'il ne dérobe.

Épaules dénudées...

Oui oui oui, acquiesce le marquis, plus que fasciné par la chair laiteuse de l'arrondi du cou et le ravin vertigineux où choient ses yeux. Depuis qu'il a repéré cette gourgandine, il ne fait que tomber et cela ne le chagrine même pas. La chute est si...si...bonne !!

Un nuage de poudre, pour faire mieux que ces autres dont le teint incertain demande graisse et céruse. Deux ronds coquelicots sur les pommettes hautes pour lui prêter cet air d'innocence étonnée. Les paupières soulignées d'un nuage estompé lui donnent un air lascif que son regard dément. Et puis cette...bouche, comme une aile d'oiseau où s'égare une mouche et puis cette...langue dont elle use et abuse. Des grains de sucre roux égarés, elle les lèche, là, au bout de ses doigts. Une goutte dévalant le col d'une coupe dont elle vient de savourer le soleil éclaté, elle la lape, petite gourmande, garce !!

C'est délicieux et terriblement frustrant ce jeu, au vu de tout le monde.

Ceci dit, tout le monde s'en moque ! Trop occupé à se remplir la panse, chacun et chacune bâfre et boit. Boit surtout, d'ailleurs, en cette fin d'agapes. Le voisin du marquis a fini de guigner la coquine devenue toute trouble. Parfaitement cuit et de plus émoustillé, il n'y voit pas plus loin que le bout de son nez et préfère donc plonger ce dernier dans l'opulent corsage de sa voisine de droite. Plantureuse, enrubannée et mousseuse comme un gâteau de noce, la marquise butinée pousse de petits cris perçants et repousse, sans grande conviction, le tarin tavelé qui hume ses rondeurs. S'en suit alors une scène épique. Le malotru aviné s'endort dans ce couffin où deux gros œufs d'autruche reposent confinés. Le mari outragé, qu'on croyait somnolent, se lève brusquement poussant des cris d'orfraie. Il s'exclame au scandale, ameute l'assemblée, moulinant sa colère en ravageant la table. Et vole le cristal, la porcelaine fine, les couteaux en argent et les fleurs assemblées. Les flambeaux pas mouchés soupirent leur laitance, les bobèches gorgées dégueulent leur surplus au milieu du carnage et des sièges versés. La basse-cour affolée s’égaie à grands renfort de piaillements. C'est la panique à bord, sombre le beau bateau. L'ivrogne réveillé, extirpé de ses limbes par le raffut brutal des verres assassinés, n'a que le temps, hagard, de s'extraire de sa place et de fuir, titubant, le mari vert de rage. La valetaille, appelée en renfort, tournoie, défendant leur maître respectif. Faisant de leur corps un rempart quitte à prendre des gnons, chacun règle ses comptes. La pagaille est complète, c'est la foire d'empoigne ! Et volent les perruques et tournoient les cravaches, nobles et petites gens mêlés dans la tourmente. Un cocher furibard botte un cul satiné, profitant, le sournois de ce charivari. Un laquais en tenue, le chapeau de traviole, abuse grassement des marquises pâmées. Il délace les fils qui serrent les poitrines et palpe les seins nus pour palier au malaise. Le tabac à priser répandu dans la lutte, chatouille les sinus et tout l'monde éternue. Il fallu même éteindre, à grand renfort de seaux, un début d'incendie au centre de la table.

Au milieu de cette mêlée, Léone s'esquive, suivie par le marquis.

Les couloirs du château !!

Un terrain idéal pour s'adonner au jeu de cache-cache.

Une fois halé hors du bocal son poisson frétillant, Léone le fait griller.

Un roucoulement, un envol de jupons, friponne elle dérive, d'une fenêtre à l'autre. Ouvertes en grand sur cette nuit d'été embaumée de charmilles, chaque encoignure, chaque embrasure devient cachette, chaque cache découverte sujette à envol. Quand il croit la tenir, elle s'échappe en gloussant. Ne reste qu'un parfum.

- La garce maugréait-il souvent, dépité, pensant saisir enfin la chair et ne touchant que vide.

Un dessous d'escalier, une cache probable mais rien, que ce parfum entêtant, magnifique. Elle est passée par là, il le sait, il le sent. Elle pousse même l'impudence jusqu'à fredonner, noyée dans le flot d'un rideau, une comptine qui le rend fou.

- J'ai du bon tabac dans ma tabatière, j'ai du bon tabac tu n'en auras pas.

Alors ses poings se serrent ! C'est qu'il n'est pas patient ce marquis là et quand il a envie, il faut que cela soit assouvi dans l'instant.

Morbleu, la garce va m'en faire baver, jure-t-il entre ses dents.

Il perd sa grâce de fauve tant il est excédé. Son dos se cambre, ses genoux ne plient plus et c'est raide comme un bâton de maréchal qu'il arpente les couloirs, envoyant valdinguer les rideaux d'un coup de main rageur. Ce n'est pas tous les jours qu'ils sont brassés ainsi et les velours frappés se répandent en poussières.

Dans le halo des girandoles chahutées volettent mille lucioles. Sur le parquet martelé, des moutons s'affolent quittant le dessous des meubles où, patiemment, ils engraissaient, au mépris des coups de balai peu empressés des languides servantes.

L'air, paré de mille facettes, s'évade dans la nuit, abandonnant à leur triste sort les laineux assemblés en troupeau à chaque coin de porte.

- C'est assez ! s'écrit-il une première fois, excédé par le jeu.

Et... elle rit?

Morbleu, elle rit et cela le rend fou.

Après cinq grosses minutes de vaines recherches ponctuées de jurons étouffés, il change de tactique, redevient souple, sinueux, silencieux.

Elle est passée par ici, elle repassera par là...

A l'arrêt, tel un chien de chasse, le voilà, au milieu du couloir. On dirait un immense perroquet dans son habit rutilant, un gris du Gabon au milieu d'Eldorado. Partout autour de lui, des ors et des miroirs, jardins en trompe-l’œil, charmilles et roitelets. Il écoute. Frôlement, palpitation de tissu, petits pas de souris, elle est là, à dix pas de lui. Et tandis qu’il avance, chanoine bénissant ses ouailles à chaque recoin sombre, elle le guette. Il approche, elle lui jaillit devant le nez dans un envol de jupons relevés. Papillon multicolore, elle s'échappe par une porte-fenêtre grande ouverte et dévale un escalier.

Et elle rit !!! ELLE RIT !!!

Sous l’œil rond de la lune un ange vole...

- S'en est trop ! s'écrit-il en allongeant le pas.

Dégringolant les marches en quatre bonds, le voilà, écrasant l'herbe tiède de cette nuitée d'été de ses souliers à boucle. Peu lui chaut le ciel clouté d'étoiles, rien à battre les bassins magnifiques où des nymphes figées chevauchent des dauphins.

Il lui faut cette garce, c'est tellement évident.

- Allons bon, grogne-t-il en voyant, au coin d'un buisson, un bouillon de dentelle disparu brusquement.

Le labyrinthe.

Un dédale végétal taillé au millimètre, à hauteur de grand homme, autant dire que la bergeronnette va y vadrouiller à l'aise alors que lui devra avancer sur la pointe des pieds, tendant le cou et les jarrets. Sa superbe en prend un coup, mais son envie est trop...forte. Un rapide coup d’œil à l'entour, pas une âme ne traîne.

Ainsi commença, pour monsieur le marquis, un assez long calvaire. Ponctué de petits rires posés comme des cailloux blancs sur les brins du gazon, ses pérégrinations lui valurent, dans un premier temps, une nette baisse de son estime de soi.

Ridicule pensait-il, alors que dressé sur les pointes de pieds, il marchait comme danse un petit rat. Valentin se gausserait, songeait-il pour rajouter à sa dégringolade. Valentin, majordome et serviteur, avait dû, pour complaire à son maître, marcher des années en pliant les genoux, ceci dans le seul but de ne pas dépasser en taille le jeune Louis, capricieux et colérique. Jolie revanche, dont le maître seul mesurait aujourd'hui la portée, ce qui était heureux.

Vinrent ensuite les crampes dans les mollets. Monté sur ses ergots comme un coq de combat, il aurait dû se douter que ça lui pendait au nez. Il dût, un comble, poser son séant dans les mousses et ôtant vivement ses chaussures, tirer sur ses orteils comme un chien déterrant un os. Après force grimaces et grognements, la douleur s'atténua, lui laissant juste un amer sourire.

- Je l'aurai bien mérité, cette femelle. Par dieu, je vais la...

Un souffle derrière la haie, un petit rire délicieux, un froissement de branches, un lambeau de parfum. Rechaussé en vitesse, debout d'un seul élan, il guette, hume, enrage.

Froufroutis de tissu, la mâtine s'éloigne, emportant sa patience, avivant son désir.

Il lui sembla ainsi baguenauder une éternité entre ces haies taillées en allées au cordeau.

Et partout des chandelles et partout des flambeaux

Qui paraient chaque branche d'or roux et de joyaux.

Il déboulait parfois juste dans son sillage,

Flairant dans l'air froissé son parfum capiteux,

Et foulait sans pitié les fleurs que son passage,

Petite brise tendre, avait déshabillées.

Alors, il imagine, tout en suivant, de l’ouïe et du flair, ce que sera l'affaire car évidement, en homme autoritaire, il ne peut en être que selon sa volonté, même dans ses fantasmes.

Une impasse imprévue dans laquelle elle s'engouffre. Une cage d'osier emmêlée d'ipomées au dôme diamanté d'étoiles clignotantes, une alcôve embaumée par les roses dormantes où ses mains agitées auront cherché passage. Haletante, elle se retournera, prête à reprendre le jeu, le rire encore en bouche et il sera là, immobile, souriant.

Il excelle pour prendre les poses qui conviennent. En parfait courtisan, il soigne son allure, passe du temps devant les miroirs à parfaire sa tournure... Le cambré du jarret quand il fait révérence, l'arrondi du poignet quand d'un revers parfait, il balaie le parterre des plumes de son chapeau.

Il sera là, sourire suffisant, celui des grands vainqueurs, le sourcil relevé, l'index sur sa lèvre.

Prise, elle ne rira plus, cherchant encore l'issue. Puis, se voyant faite, elle croisera les mains sur son corsage, baissera les yeux, feindra la soumission. Les paupières mi-closes elle guettera le fauve. Sûr de lui, il ne louvoiera même pas, empruntant le plus court chemin de lui à elle. Elle feindra de s'en fuir, juste pour le défi, mais d'une main hardie il crochera sa taille. Le nez dans son jabot de dentelle floquée, elle ne pourra qu'attendre, soumise, enfin domptée.

D'une tête il la dépasse,

Parfait,

Dominant,

Dos miné

Mais dominant

Quand même.

Parfait.

Sa perruque poudrée sentira...l’Hespéride !! il ne peut en être autrement.

Parfait.

Il pressera son corps, devra la retenir d'une poigne assurée car elle sera pâmée.

Parfait.

Puis, il la ploiera, de la bouche et du nez, apposant comme un sceau ses lèvres sur son cou.

Elle gémira.

La garce.

Il va lui en faire voir.

Évidement, foin de préliminaires.

Le cachet de ses lèvres faisant loi, il continuera son entreprise en toute hâte. La gourgandine sera chaude comme une poularde au sortir du four, il n'en doute pas une seconde. Il va se charger de la fourrer gaillardement, la ployant sur le banc de pierre providentiellement posé là, aux pieds de ce faune cornu au sourire entendu. Retournant modeste, friponne et secrète puis vertugadin par dessus sa tête, l'emprisonnant ainsi dans une gloriette d'osier aux tentures soyeuses, elle sera à sa merci, à lui, marquis de Tournemine, grand séducteur devant l'éternel , aiguillette presque nouée depuis un mois ou deux et pardieu, il la fourrera à l'envie, pilonnant le cul éclos au nid des falbalas, enfonçant sans façon son vis luisant dans cette ...chienne qui s'est amusé de lui...marquis de Tournemine...

Hhaaaa, qu'il est doux de rêver se dit-il, tout en restant vigilant.

Il soupire, continue sa traque.

Combien de temps encore va-telle me faire courir ?

Il erre ainsi, suivant son parfum distillé dans d'autres parfums, un temps qui lui paraît infini.

Ce labyrinthe est immense se souvient-il pour en avoir aperçu l'étendue du haut de l'escalier. Immense et tortueux, tordu même va-t-il jusqu'à songer. S'y perdre est chose aisée.

Il entend, au lointain, la rumeur de la fête qui a repris son cours. Accords de clavecin, rires aigus, bourdons de mâles voix.

Il entend les oiseaux de la nuit qui bruissent dans les ramures.

Il entend le glouglou d'une fontaine proche qui lui remet en tête son futur immédiat. Ce bruit mouillé provoque de nouveau sa rêverie et il s'y enfonce avec le même délice qu'entre les seins de la belle marquise, tout à l'heure, au banquet.

- Ventre-saint-gris jure-t-il entre ses dents. Cette pergola enrubannée de bignones lui dit quelque chose. Et puis cette mauresque de marbre également, couvrant pudiquement ses seins naissants d'un bras courbé.

Il tourne sur lui-même, les mains sur les hanches, desserre son jabot bouillonnant et hurle à la lune son dépit. Puis, arrachant sa perruque empoudrée, il la jette à terre et la piétine.

Elle lui casse son rêve cette femelle et il le supporte mal.

Quand son couvre-chef ne ressemble plus qu'à de l'étoupe effilochée, il serre les poings, repart à la traque.

Un croisement encore. Il bout, emprunte un des passages, revient sur ses pas, en arpente un autre. Son regard de chasseur guette la sauvagine ; brindille rompue, herbe foulée. A hauteur de poitrine, un mouchoir en dentelle. Elle se rend pense-t-il et le sourire narquois renaît.

Il le prend d’un geste vif, le porte à son nez.

Je le savais, agrumes et caramel.

- Elle est passée par ici, elle repassera par là.

Le voilà qui chantonne, sûr de son fait. Il gonfle sa poitrine, ne doutant pas un instant de ce qu'il va découvrir au prochain tournement et gaillardement se presse sans hâte vers sa prise.

Un carrefour, une fontaine, des angelots dodus le narguant méchamment mais de marquise… point. Il enrage et n'ayant plus rien à piétiner, s'en prend aux buis taillés à grands coups de talons. Une fois passée sa colère de gamin, il tousse un grand coup, resserre son jabot autour de son cou, époussette avec retenue ses bas et culotte parsemés d'un hachouillis de feuillettes et se baisse pour faire subir le même sort à ses souliers à boucle. Ainsi courbé, il aperçoit, dans un œilleton né d'une maladresse de jardinier, un éclat de soie pourpre, immobile, figé, à hauteur de sa taille.

Tiens tiens tiens, se dit l’énervé soudain calmé en approchant son œil. Il me semblait pourtant qu'elle était dévêtue d'orange. Mais dans sa mémoire, tout se mélange. Le parfum, les couleurs, les formes, tout cela tournoie, se mêle, s’emmêle et le laisse indécis. Incapable de remettre de l'ordre dans le bazar de sa tête, il passe la main, capture le tissu, provoquant un sursaut et un petit cri effarouché de l'autre côté de la haie.

- Attendez-moi, murmure t-il. S'il vous plaît, je rends les armes. Je suis à vos genoux continue-t-il, ne vous sauvez plus.

Endosser le costume de soupirant transi l'amuse, soudain. Que ne ferait-il pas pour prendre dans ses rets cette belle marquise ? Cette gourgandine l'a chauffé à tel point qu'il est prêt à jouer les amoureux éplorés pour la faire sienne.

Il se relève lentement, rectifie sa tenue d'une main assurée...jure à l’étouffée en songeant à sa perruque piétinée gisant dans un des couloirs du dédale et entame, à pas comptés son approche. Un tournant, un flambeau agonisant ne dispensant plus qu'une lueur tremblotante, un banc de pierre et une silhouette, indistincte, là, à l'orée du halo.

Ne pas l'affoler se dit-il en marquant un arrêt.

Elle n'est plus qu'à dix pas de lui.

Elle lui semble plus grande que dans son souvenir mais il faut dire qu'il ne l'a vu qu'assise ou fuyant en troussant ses jupons.

Il approche encore, d'un pas mesuré. Son parfum !! Agrumes et caramel. Enfin surtout caramel réalise-t-il, légèrement troublé.

Ça y est, il est près d'elle.

- Marquis de Tournemine !? S’exclame une voix beaucoup moins flûtée que celle qu'il prévoyait !

- Mordiou, vous !!

Un pas en avant, un saut en arrière et entre dans la lumière un ara empesé.

Triste mine plâtrée, mouches à profusion, perruque exubérante et plumage incendié, le marquis de Laroche considère avec morgue -et une pointe de déception- son invité défait.

Depuis combien de temps courent-ils l'un après l'autre ?

Ils se toisent, tournant l'un autour de l'autre en une sorte de danse ridicule. Le manège dure un temps. Enfin, réalisant la situation, les deux hommes se mettent tout d'abord à glousser, puis, mains aux hanches, à rire comme des fous. Ils en pleurent à la fin, en se tenant les côtes et se cassent en deux pour retrouver leur souffle.

Après quelques minutes d'un rire inextinguible qui les laisse vidés de forces et de rancœur, chacun s'essuie les yeux d'un revers de manchette et tape dans le dos de son ancien rival.

- Elle nous a bien eu, halète Louis.

- La garce, complète Laroche dans un souffle ».

Quelques allées plus loin, sous une gloriette empaquetée de volubilis, Léone gémit.

Bertin, vingt deux ans, domestique au service du marquis de Laroche depuis son premier poil au menton.

Bertin est grand, longiligne même. Modelé aux travaux physiques quotidiens, son corps est musculeux sans être grossier, nerveux sans être épais. Un chat, racé, souple, cachant sous les vêtements frustres qu'il endosse le plus souvent, une force tranquille qui ne laisse indifférente aucune des femmes qu'il côtoie. Laquais, forgeron, homme à tout faire, il donne aussi de sa personne aux jardins et lors des fêtes grandioses organisées régulièrement au domaine de son maître.

Bertin, haaaa Bertin soupire pratiquement toute la domesticité féminine du château de Basvallon et même des alentours ! Bertin et ses yeux de velours aux reflets de châtaigne. Bertin !!

Soupir...

Aujourd'hui encore la noblesse bamboche.

Un flot incessant de carrosses poussiéreux déverse sur l'allée gravillonnée conduisant au château toute une farandole de nobles apprêtés.

Réquisitionné, comme à l'accoutumée, Bertin aide à extirper des caisses exiguës de nobles dames encombrées de toilettes exubérantes. Vertugadins grotesques, bustes compressés jusqu'au presque malaise, ces dindes gloussent en vérifiant nerveusement la bonne tenue de leurs perruques extravagantes après le voyage chaotique qu'elles viennent de faire. Un coup d’œil rapide par dessus leur éventail leur permet de guigner la toilette de leurs voisines et la bonne réception de leur mari sur le sol gravillonné où il vient de poser chaussures.

Bertin ouvre des coffres plein de bijoux, se plie en deux avec déférence, tend la main pour aider à la naissance...d'une parure factice sans aucun intérêt.

Il s'en moque, de ces volailles faisant la roue comme des paons en cour. Hier au soir il troussait, sur la paille des écuries, une maraude chaude comme la braise, lavandière de son état, gourmande de nature.

Embauchée le matin même par l'intendant du domaine, un gros bonhomme rougeaud dont les petits yeux porcins avaient sans gène dévêtue l'insolente qui le dévisageait, elle faisait le tour du château. Elle était venue tournicoter autour de lui alors qu'il bouchonnait un percheron à la croupe majestueuse.

Après avoir échangés leurs prénoms en se souriant -Célinie, Bertin- ils s'étaient observés en silence, elle tournant autour de l'homme et du cheval en roulant des hanches et une mèche rebelle autour de son index, lui louchant sur les échancrures suggérant des rondeurs confortables chaque fois qu'elle passait à côté de lui. Le bas de sa robe, remonté en un pli bouillonnant, révélait, par intermittence, une jambe solide au mollet rond et ferme. Ils s'étaient ainsi jaugés le temps que Bertin termine le bouchonnage du cheval, lequel suivait le manège de ses gros yeux placides.

Elle aimait les chevaux lui avait-elle affirmé en faisant lentement glisser sa main sur un des muscles puissants de l'animal. Elle aimait monter, avait-elle ajouté en plongeant dans les yeux de Bertin un regard qui en disait plus long que tous les discours. Puis, virevoltant, elle l'avait frôlé, l’entraînant dans le tourbillon salé de ses odeurs marines. Quand il avait stoppé la danse, glissant un bras autour de sa taille et une main dans le pli des jupons, elle avait cloué ses yeux aux siens, passé un petit bout de langue suggestif à souhait entre ses lèvres pourpres et...

La diablesse l'avait sollicité avec une avidité qui l'avait laissé sur le flan, lui l'étalon du domaine. Mâchonnant nonchalamment un brin de paille chapeauté d'un épi, elle le regardait, cotillons ramenés sur les cuisses, tétins pointant leur museau rose au bord d'un désordre de coton, tenter de reprendre souffle et contenance après une quatrième étreinte. Puis, avec l'air blasé de celle qui connaît les limites du mâle, elle s'était relevée, avait secoué ses jupons, rassemblée sans hâte ses cheveux emmêlés et, cambrant le dos comme une danseuse de flamenco, s'était dissoute dans l'ombre des écuries.

Bertin s'était endormi d'un seul coup et ne s'était réveillé qu'au chant du coq. Il avait paressé dans la paille le temps de revivre, avec émoi, les chevauchées de la veille et de faire taire, à coups de poignets énergiques, la dureté que ce souvenir faisait renaître. Épuisé, il ne l'était plus et se serait bien offert un galop effréné avec cette belle pouliche si son service ne l'avait point contraint.

Il entame sa journée le corps léger, la tête parfois entre les cuisses grandes ouvertes de Célinie, son goût de salicorne encore sur les papilles.

Il croque une pomme, nourrit les chiens de meute comme chaque matin, hume le parfum d'une rose éclose dans la rosée et va se baigner à la rivière. Les heures vont s'étirer jusque tard dans la nuit. Il a intérêt à être au sommet de sa forme s’il ne veut pas d'histoires avec son maître.

Il enchaîne les corvées, surveillé par l'intendant, couvé par la gent féminine qui le frôle autant que possible. Il ne revoit pas la lavandière de la matinée, mais la lingère qu'il a sailli sur une banquette l'avant-veille lui envoie, du bout des doigts, un baiser aérien auquel il répond par un clin d’œil. Taiseux de nature et solitaire par force -il loge dans une soupente minuscule- Bertin a tendance à manifester par signes ses ressentis. Ainsi il hoche la tête, salut bien bas d'un air narquois ou pose ses lèvres sur ses phalanges et envoie un ersatz de baiser plutôt qu'il ne dit. Il sourit, fronce les sourcils, passe sa langue sur ses lèvres, se met le majeur en bouche et semble déguster. Bertin est un coquin dont la gestuelle est immédiatement comprise par les dévergondées qu'il a possédé ou qu'il convoite.

Le flot des carrosses tarit, il est mandé, avec force signes, par un petit marmiton, se transformant, l'espace d'un instant, en sémaphore grotesque.

- Va enfiler ta livrée en vitesse, lui souffle celui-ci dès qu'il passe à portée. On a besoin de toi pour le service.

Le service !

En cuisine tout d'abord.

Pas chassés, sauts de côté, entrechats et rondes folles, voilà ce qu'est le service. Se frayer un chemin parmi les gâte-sauces enfarinés et les cuisiniers charriant légumes et viandes, esquiver un mari jaloux qui profiterait bien de l'occasion pour lui crever la paillasse d'un coup de lardoire, feindre de soupirer après cette servante qu'il courtise depuis trois jours et qu'il n'arrive pas à accrocher à son tableau de chasse, le service est un spectacle dont il est constamment le créateur et l’interprète.

Dans le salon, ce n'est guère mieux.

Il navigue presque au jugé entre tous ces îlots flottants sur crinoline. Et quand ces toupies sont ancrées, c'est pire ! Occupées à critiquer, langues de vipères, leurs « amies »d'ordinaire, elles ne prêtent aucune attention aux serviteurs qui vaquent. Éventails déployés brusquement, cous rejetés à l'improviste et provoquant une gîte certaine de postiches imposants, nuages de poudre, parfums exacerbés par les odeurs de sueur, tout cela rend la tâche de Bertin périlleuse et naviguer dans ce capharnaüm empesté est une vraie torture. Si encore quelque une de ces pintades présentait quelque attrait. Mais encore une fois, ce ne sont que grasses marquises sanglées dans des corsets rigides. Et elles minaudent et elles minaudent, hennissant à qui mieux-mieux tout en guignant les hommes assemblés en paquets.

Ces messieurs, réunis dans un coin reculé du salon, parlent chasse, faits d'armes et cour du roi, avec force rodomontades et gestes grandioses tout en puisant du tabac à priser dans des rondeurs de nacre incrustées de vermeil. Les éternuements intempestifs qui résultent de cette pratique et les postillons qui les accompagnent sont autant d’inconvénients qui font du service un presque jeu de guerre.

Le dîner est annoncé, chacun se précipite. Les gens de maison se garent dans les coins sans essayer d'endiguer le flot impétueux de confettis rutilants qui se bouscule vers la salle du banquet. C'est ensuite la foire d'empoigne, car à son habitude, le marquis n'a point attribué de place à ses invités et chacun veut la meilleure, celle au plus près du maître de maison. Chacun sauf, cette...jolie perruche.

Le valet détaille mieux la belle.

Sa mise, quoique moins exubérante que celle les autres, n'en dénote pas moins un luxe certain. Point de clinquant. Tout est discret et de bon goût.

Piquées dans la chevelure factice, des fleurs et des perles, vert tendre, de celles que l'on a envie d'envoyer par dessus les moulins en butinant son cou. Une comète à chaque oreille, dormeuses agitées d'oscillements de feu et câlinant de leur ballant un cou d’albâtre crémeux à en faire des rêves de pierre.

L'arrondi du corset est osé, comme celui des autres, mais lui propose juste. Il ne propulse pas de chairs mollassonnes aux tavelures plâtrées, mais enrobe deux fruits murs et fermes qu'on aimerait croquer. La jupe à tournure innovante met en valeur la taille menue, les hanches opulentes et le cul rebondi. La splendeur des étoffes précieuses mordorées est haussée jusqu'au sublime par les bijoux discrets harmonisés à la couleur de ses prunelles d'ambre.

Un peu en retrait encore, Bertin observe les sourires enjoués et roulements d'épaules dont use la rusée pour se faire une place. Battement de cils langoureux, enveloppé d'éventail suggestif venant poser sa dentelle assemblée en fuseau sur le décolleté, fort engageant, petite courbette de la taille destinée à en faire apprécier l’extrême finesse non baleinée, la belle trouve place, sans trop de peine et s'installe en guettant du coin de l’œil, le marquis de Tournemine , assurément le mâle le plus appétissant de la noble l'assemblée.

Bertin le connaît bien cet arrogant personnage posant sur ses semblables son mépris désinvolte. Il n'accepte les invitations aux fêtes du domaine que pour afficher sa superbe et éventuellement, repartir au bras d'une sotte fière de l'avoir alpagué. Encore que, depuis quelques mois, une rumeur circule affirmant que le bellâtre aurait du mal à bander.

Bertin observe le manège de la sournoise.

Encastrée entre un moine tonsuré dont le plastron est déjà maculé de sauce et une noble revêche à la bouche pincée, elle affiche un sourire radieux à qui veut bien la voir. Elle jette parfois, en douce, un petit œil enjoué vers sa proie qui, pour l'instant, mâchouille une pâte de fruits d'un air accablé.

Bertin a déjà sa p'tite idée quand aux vues de la mâtine. Il a aussi remarqué la pointe d'irritation dont son maître a fait montre quand il a vu la belle s'installer loin de lui.

Plus le banquet avance, plus le cruel renaît.

Les bouches fardées se diluent dans les graisses, le blanc de céruse se craquelle, les pommettes rougies au jus de betterave s'étalent lamentablement et les monuments trônant sur les crânes prennent de la gîte, menaçant de sombrer à chaque mouvement.

Le vin coule à flots.

Bertin, que le service à la française ne requiert que pour le liquide, s'est judicieusement placé derrière Tournemine et a donc tout loisir pour apprécier les manigances de Léone ainsi que l'effet qu'elles produisent sur les mâles environnants. Dans un premier temps, seul le voisin du hautain marquis remarque le manège et bâfre en lorgnant sans discrétion de l'autre côté de la table, avec, parfois, un petit rire vicieux qui secoue ses épaules et roule dans sa gorge.

Bertin note enfin l'hameçonnage de la future victime. Bouche bée, celle-ci contemple, avec ahurissement d'abord, la dégustation suggestive de tous les mets tombant sous les doigts et entre les lèvres de la gourmande lui faisant presque face. Alors commencent les remarques chuchotées, coups de coudes et autres clignements d'yeux dont le marquis se voit gratifié par son voisin de table passablement éméché et de surcroît échauffé par le spectacle qu'il guigne depuis le début du dîner. .

Il note également que, parfois, entre ses paupières mi-closes, le regard ambré de la marquise glisse sur lui, Bertin, observe, soupèse, apprécie.

Ils sont trois en fait à s'être pris dans les filets de cette pécheresse, quatre si l'on compte le maître de maison éloigné qui frôle la torsion de col pour ne pas perdre de vue cette partie de la tablée.

Le vin coula à flots, emportant dans sa ruée la plupart des convives. Le voisin du marquis, celui-là même qui lui avait à moitié déboîté l'épaule avec ses coups de coudes, gîtait dangereusement vers le décolleté avantageusement garni d'une marquise peu volage. Puis, sans préavis, son nez couperosé vint se nicher au sillon poudré et il piqua un roupillon. il ne refit surface qu'en entendant des fracas de verre. Peu enclin à partager son opulente épouse, la moitié de cette dernière se dressa en balayant tout sur son passage. Cristal en étoiles filantes, nectar du Bordelais répandu en sang vermeil ou pourpre, chandelles renversées, la table ravagée fut quittée promptement par des hommes et des femmes affolés et piaillards.

Bousculés et heurtés, les nobles s'indignaient. Pinqués sur leurs ergots comme coqs de combat, ils bombaient la poitrine pour se défier plus fort. Ils en vinrent aux mains, glapissant des insultes, s'agrippant les vêtures comme des chiffonniers.

Ils tombaient des horions tout comme à Gravelotte et hélés par leurs maîtres, les gens de maison entrèrent dans la danse.

Il vit la mère Tape-dur -ainsi surnommée car elle avait, un jour d'agacement, proprement assommée d'un coup de louche, un valet d'écurie qui le serrait de trop près accourir des cuisines armée d'une poêle à long manche et aligner coup sur coup, deux serviteurs embauchés en extra et qui s'en donnaient à cœur joie en jetant dans la mêlée les pigeonneaux qu'elle avait amoureusement étouffé le matin même pour en faire un met savoureux.

Alcide, d'ordinaire placide et rhumatisant valet de pieds du maître, distribuait torgnoles et bourre-pif à qui passait à sa portée. Il aligna ainsi deux marmitons qui lui faisaient des grimaces dans le dos quand il venait aux cuisines et un postillon qui avait eu l'audace de lui faire un pied de nez, le croyant assez sénile pour ne pas repérer son manège dans les vitres d'une fenêtre, alors qu'il inspectait le nouveau carrosse de son cher marquis.

Les nobles n'étaient pas en reste, s'écharpant comme chats en colère avec force miaulements. La pagaille était à son comble. Les humbles profitant de l'anarchie totale pour sournoisement, régler quelques litiges avec les haut placés. On vit même un portefaix délacer avec vigueur plusieurs marquises pâmées et fourrer son nez entre les douceurs dont il était d'ordinaire privé.

La mine réjouie, Bertin observait la bataille et guettait la marquise. Celle-ci quitta sa place, louvoya entre les tas multicolores qui s'agitaient en tous sens et prit la poudre d'escampette dans les couloirs du château.

Tournemine la suivit, à dix pas, évitant avec une moue dédaigneuse et les mains relevées, les projectiles divers qui fusaient de partout.

Le marquis de Laroche, agrippé par une hystérique dépoitraillée, se libéra d'une torsion de poignet et pris la tangente par une porte dérobée.

Bertin quitta son poste, et grâce à des passes de toréador, parvint au bout du salon sans éclaboussures. Il se permit même, au passage, une petite fantaisie en décochant un magnifique crochet à un cocher rival avec qui il avait un différent. Bon, certes, il lui avait « emprunté » sa femme, en avait usé avec délectation, mais que diable !! Il la lui avait rendue ! Alors, pourquoi le cocu faisait-il mine de l'égorger du pouce en grinçant des dents à chacune de leur rencontre ? Le cocher vit le poing arriver puis trente six chandelles dorées se mirent à tournicoter devant ses yeux et il chût tout droit, bras et jambes raides, sur une desserte qui avait, par miracle, échappée au désastre.

Bertin ne perdit rien de la partie de cache-cache qui déroula son ruban dans les corridors mal éclairés du château.

Il rit en sourdine des ruses de la fausse mijaurée et de la rage contenue du chasseur débusquant la poussière des rideaux. En outre, il mesurait l’exaspération grandissante du marquis à la crispation de plus en plus évidente de sa démarche et aux valses de moins en moins délicates qu'il faisait partager aux voilages.

Il aperçut, parfois, l'éclat pourpre du pourpoint de son maître qui suit, en catimini, l'évolution de la situation.

Une porte-fenêtre ouverte, la joueuse s'échappe.

Tournemine la suit qui dévale les marches en cavalcade. Un soupir plus tard, le maître de Bertin, discret comme un fantôme,

Sous l’œil rond de la lune, un ange vole...

Des tunnels de feuilles, des alcôves de branches, des treillis soupirant sous des fleurs en brassées, voici le nouveau terrain de jeux qu'a choisi la frivole. Elle y papillonne à l'aveugle, certaine de l'issue excitante du jeu, indécise quand à celui qui le remportera.

Elle a un petit faible pour le beau valet en livrée, préférant le naturel viril aux tapageurs maquillés, même si l'un fait montre d'une feinte indolence qu'elle aimerait bien tâter et l'autre d'une impatience évidente qu'elle aimerait dompter.

Bertin, quand à lui, sait où il va, car ce labyrinthe a un cœur, un cœur où se retrouvent toutes les routes. Les faunes pétrifiés jouent de leur flûte pour chacune des muses assoupies qui alors, écartent leurs bras pudiques et lui montrent, du doigt, la voie à suivre. Les fontaines essaimées dans ce dédale luxuriant lui murmurent une mélopée liquide qui le guide vers ce nœud de chemins où il sait qu'elle passera immanquablement, elle, celle qu'il convoite.

Elle se dirige vers ce milieu en semant les deux marquis, se riant des colères destructrices et des jurons de l'un et de l'absolue croyance d'invisibilité de l'autre.

Le beau valet semble s'être, quand à lui, volatilisé. Elle est un peu déçue mais se console en se disant que de toute façon, ce soir, elle sera prise.

Elle s'immobilise à une croisée, tend l'oreille, les jupons relevés sur ses bottines, la joue tendue vers le feint silence. Froissement, mots murmurés, ils suivent, elle repart, s'égare, craint de revenir sur ses pas, s'engouffre dans un carré de verdure qui occulte la lune et les étoiles. Une impasse, semble-t-il.

- Zut...

Prompte volte-face, rire en écharpe...envol muselé. Des bras l'enserrent, un parfum de paille froissée chatouille ses narines piquées pour l'heure entre col et peau douce. Elle ne lutte pas, elle a bien trop envie !

Et puis ces mains qui la tiennent, cette bouche qui sourit juste à hauteur de son regard.

- Belle, murmure une voix tandis-que dix faisceaux endiablés se posent sur ses reins et plaquent son corps à un être de chair fleurant la fenaison.

- Belle, murmure encore le vent sur son cou palpitant. Une comète humide divague vers ses seins que le voile ne cache plus.

Bertin, car c'est bien lui, très au fait des toilettes féminines et de leur mystère, a tôt fait de trouver lacets et boucles qui libèrent.

Le bustier glisse sur les épaules, emprisonnant les bras dans une camisole qu'en folle, elle appelle.

Fissure...

La chrysalide se fendille, se sépare, choit au sol dans un froufrou langoureux, donnant vie à la lymphe d’albâtre qui s'épuisait dans ce cocon. Elle est rousse !

Une rousse de lait, mousse de caramel. Ses seins chapeautés de cabochons corail sont moins opulents que ne le laissait penser le décolleté trompeur, mais qu'importe. Il n'a jamais eu de rousse.

Et elle, languide, qui s'offre comme un dessert, pliant les genoux pour mimer la pâmoison, entraînant dans sa chute alentie le valet qui soupire.

Inspire, respire, renifle. L'homme sent.

Le creux du cou, l'aisselle où dort un bébé écureuil enroulé sur lui-même. Le nombril agâtine, coquillage perlé posé au ventre rond.

Il hume, le frisottis d'ambre au mitan de ses cuisses.

Il trouve, dans tous ces p'tits creux, des arômes de plantes. Fenouil, sauge, menthe poivrée, citronnelle. En parfait jardinier, il déniche chacune de ses senteurs. Elle est fille de nature, saupoudrée du délice des fleurs.

Et elle soupire, un bras sur le visage...

Bertin remonte vers son cou, passe, avec la délicatesse qu'il réserve d'ordinaire aux pétales de roses, deux phalanges sous la perruque poudrée, et décachette la belle...

Un farfadet ! Les épis libérés lui donnent un air magique, remisant presque aux oubliettes la folie sensuelle dont elle semblait pétrie, coiffée de faux semblant.

Les paupières closes, elle ressemble à un de ces elfes qui peuple les forêts. Le front est haut, scarifié de copeaux de cuivre roux collés à la peau comme des guillemets en protestation. Les sourcils, maintenant qu'il les voit de près, sont saupoudrés d'or et les cils, comme de petites chenilles rousses, frétillent sur des yeux dont il perçoit les mouvements involontaires. Le nez, droit et aigu, apostrophe audacieuse, palpite, détecte, découvre, en même temps que lui contemple.

La bouche ! Hoooo, la bouche. Une cerise...un bigarreau pour être plus précis, de ces drupes- là dont on croque la pulpe et qui vous dégoulinent sur le menton en ruisselets carmin. Essoufflée, la comédienne l'entrouvre pour retrouver sa respiration et de petites dents de souriceau enfilées comme des perles torturent gentiment la muqueuse luisante.

Des éphélides essaimées en tourbillon, donnent au valet des envies de goûter tant ces taches de son lui semblent comestibles. Les joues, le nez et le haut de la gorge en sont parsemés. Le pinceau de l'artiste s'est arrêté aux seins leur laissant, sans remords, leur blancheur toute entière.

-Belle, murmure encore Bertin.

Alors les quinquets s'ouvrent, révélant leur miel de lune pailleté de hardiesse. Envolé le farfadet !

La diablesse est bien là, dévoilée et avide.

Il grignote le tortillon de l'oreille, pour se donner une contenance, car les pupilles qui le défient sont tout sauf sages.

Elle se tortille un peu, lui agrippe la nuque et le ploie sur ses seins.

Docile, il aspire...

- HHHooooo geint la pâmée.

Alors, à nacre douce, il tète, passant de l'un à l'autre en ce lent ballet d'agaceries dont il a le secret et qui fait de cette caresse les prémices émollients à de plus puissantes investigations.

Et elle s'amollit, se fait plus crémeuse, s'offrant sans prendre, goûtant, avec tout le plaisir de la découverte d'un nouveau complice, cette fantaisie frivole qui agace son ventre.

Elle ronronne. Oui, il l'affirmerait, elle ronronne.

Étirant son corps pour offrir plus encore, elle ronronne, incurvant l'arc de son dos en arche de pont.

Et lui se cabre de même, épousant l'orbe de cet astre, grignote avec volupté l'amour encagé qu'elle lui offre.

D'ordinaire Bertin mène rondement son affaire. Peu coutumier des aspirations féminines dont il n'a que faire, il grappille un peu, mordille et suçote juste ce qu'il estime nécessaire et ses conquêtes s'en contentent préférant les extras musclés que Bertin leur prodigue aux étreintes espacées et fadasses de leurs époux.

Elle et ses grâces de fée, Elle et son ronron de chatte et le voilà qui paresse, savoure, s'attarde.

Cerise...après les physalis, croquer une cerise lui semble indispensable.

Alors, il...

Seigneur, a-t-il la lucidité de songer avant de perdre souffle.

Le tendre qui le happe est embaumé d'airelle.

Le moelleux qui l'accueille l'aspire et l'investit.

Divin nectar, l'ambroisie qu'elle dispense ne peut être dégusté que longuement alors, avec des délicatesses soudainement apparues, il empaume son menton et boit sa perdition.

Dans une alcôve close aux flambeaux assoupis, un volage valet et une rousse chaude se donnent du bon temps sous l’œil rond de la lune.

Quand elle en a assez d'être prise sans prendre, elle le bascule, plus robuste qu'elle n'y paraît. Lui cherche son souffle en vain, agrippé à ses hanches comme à un songe fou.

Quand il rouvre les yeux, elle le regarde, moqueuse, le visage appuyé sur la main, son autre main rampant vers son bas-ventre, à lui...

Puis, désireuse sans doute de faire payer à l'intermédiaire qu'elle a pris au collet on ne sait quel délit de la gent masculine, ses phalanges remontent sur le torse, déboutonnent les boutons de la chemise, lentement, avec une patience qui en dit long sur les roueries dont elle est capable.

- Comment tu t'appelles ? demande-t-elle.

- Bertin arrive-t-il à prononcer en déglutissant, Bertin répète-il...

- Moi, c'est Léone.

- Léooooone, expire-t-il alors qu'il sent le feu de ses doigts se poser sur sa peau.

Elle écarte les tissus et se hissant sur un coude, renifle l'homme. Décidément, tous deux sont être de sens.

- Tu sens la paille, souffle t-elle sur ses tétons.

Lui a fermé les yeux et attend, la nuque dans la mousse, le ventre en fusion.

- S'il te plaît implore-t-il.

Dépiauté par un elfe, Bertin ne mesure sa mise à nu qu'à la fraîcheur malicieuse que posent sur son corps la nuit et ses mirages. Rosée chaude déroulant ses comètes sur son torse et ses jambes, machaon frémissant au doux creux de son cou, étoiles filantes fulgurant sur son sexe, la magicienne, au clos des paupières scellées de l'homme, s'active.

Puis, alors qu'il s’apprête à reprendre pied dans la réalité de sa nuit flagellée de délices, un colimaçon se pose à son ventre. Puis une main l'empoigne...

Seigneur, comme il se cabre. Arc bouté vers les étoiles, ne touchant plus le sol que des talons et des coudes, il crie, puis retombe au sol, maté.

S'arrachant à la poigne qui le broie délicieusement, il se redresse. Ne pas se laisser faire, il a bien trop envie.

Bousculée au parterre, le corps dessus la mousse, Léone ne lutte pas. Bertin écarte ses cuisses et...

C'est tel un jardinier observant ses semis que Bertin, à genoux, se penche sur Léone.

Et elle qui l'observe sous le croissant de nacre de ses paupières mi-closes s'amuse, entre guillemets, du beau tableau qu'il offre. Courbé entre ses arceaux de nacre comme un repentant à confesse, Bertin sourit d'un air béat. Puis la bouche charnue qu'elle convoite en secret, s'arrondit en un O d'où sort un filet d'air. Voila qui est nouveau apprécie la volage, nouveau et délicieux.

Alors pour faciliter la « chose » deux papillons de porcelaine volent jusqu'à son nid de mousse rousse et partagent. Telle une bauge à cœur dévoilant son trésor, la sphaigne se fend...

Soupir effiloché, lambeaux de souffle en rupture, Bertin se penche.

Bocage et tubéreuse, se dit-il juste avant de goûter...

Elle sursaute, flagellée de surprise, tendue vers les étoiles.

Il la laisse, retrouve son air de rien et soupire à nouveau. Elle retombe au giron des dentelles, frustrée à peine.

Le jeu en vaut la chandelle songe-t-elle en souriant.

Le revoilà qui percute, à pointe émoussée, le souriceau aveugle pointant son museau rose au cœur du chardon d'or...

Elle s'élève à nouveau, perchée sur ses talons, ventre tendu en avant.

Lui se dérobe, inconscient taquin égoïste, ayant oublié que ce buisson ardent était relié par d'infinies connections à un cerveau féminin.

Quand, tout à son plaisir, il se penche à nouveau, l'imprudent, vers cette touffe fendue offerte, le piège se referme.

Les mains de Léone agrippent sa tête, ses cuisses se referment sur le torse de son amant comme des mâchoires drapées de velours et … il ne peut que se soumettre.

Alors, il se soumet. Ce que cette femme veut...Bertin le veut.

En incorrigible gourmet au fait des cadeaux de nature, il trouve, dans la conque charnue où s'active sa langue, des saveurs de criste marine, de pétunia et de fougère.

Elle est moelleuse et trempée, un pur délice. Et cette crosse dure qu'il tète doucement, un met de choix, rigide et frétillant. Ce plaisir auquel, d'habitude, il n'accorde qu'une infime partie de son temps dans les jeux de l'amour, lui paraît, aujourd'hui, infiniment nécessaire.

Les cuisses largement ouvertes, les genoux relevés à hauteur des épaules de l'homme, Léone s'offre et se refuse en un roulis des hanches. Une houle dont le marin amarré à ses hanches suit chaque vaguelette, savoure chaque écume. Et ce ronron de chatte au profond de l'amour, ces apnées foudroyantes, ses petits cris pointus lui sont une musique dont il aime, à l'envie, guider tous les tempos. Les ongles ancrés aux cheveux de Bertin lâchent leur emprise. Le nez toujours dans la mousse, il lève les yeux sur Elle.

Son ventre de porcelaine, bombé comme un flan de colombe, son torse frémissant, mature de goélette où gîtent deux vigies chahutées par la houle.

Et par-dessus tout, ses yeux...ses yeux de femelle...

Par tous les saints, comme si elle n'attendait que cette folle liaison des pupilles pour lâcher prise, elle jouit. Infiniment tendue. Bertin voit son regard chavirer, passant du miel sauvage à l'ambre pétrifié. Elle cabriole sous sa bouche, cherchant à lui échapper puis sacrifiant à nouveau son calice inondé au délicieux supplice qu'il lui inflige. Elle jouit en silence, mordant sa lèvre inférieure de ses dents de gamine, imprimant dans la chair délicate un chapelet de nacre...elle jouit infiniment, à souffle perdu, noyée dans son regard.

Et lui lape, chat matou à la fête, le petit-lait salé qui sourd de cette femme.

Il lape jusqu'à plus soif, n'abandonnant sa source gouleyante qu'au cri sourd de Léone.

Elle revient des étoiles, aspire l'air par goulées, comme quand on a eu mal et que la douleur s'éloigne.

Ses yeux papillonnent

Ses doigts se décramponnent du tapis verdoyant.

Elle essuie, d'un revers de poignet, la sueur qui perle sous son nez, ébouriffe d'une main encore tremblante ses plumettes rouquines et sourit aux anges dont elle vient de visiter le royaume.

Son corps s'endoucit et perd de sa raideur de galet.

Mais qu'arrive-t-il à Bertin ?

Lui qui, d'ordinaire, mène rondement son affaire : prémices réduis au strict nécessaire à ses yeux d'homme à femmes, puis prise de possession de la citadelle assiégée et agitation forcenée jusqu'à expulsion de son désir de feu, puis roudoudou dans la paille, sourire béat, reculottage, merci madame, merci mademoiselle, merci la belle et basta !! Et bien là, Bertin attend.

Agenouillé, le menton luisant des sucs de Léone, il attend. Les reins en feu, toujours, le sexe pulsant de mille envies, il attend...son bon-vouloir, à Elle.

- Bertin...viens murmure-t-elle...

Douceur. Bertin glisse ses hanches dans le chenal de nacre. Basculé sur un coude, il guide son étrave juteuse au delta de Léone.

Seigneur, qu'elle est mouillée.

Il plonge et elle l'enrobe d'une tiédeur soyeuse et prégnante, basculant son bassin pour le prendre en entier. Il est pile à sa taille.

C'est elle qui débute le roulis de l'amour, ancré à ce corps d'homme de ses membres noués.

Ils sont deux à gémir, posés dessus la mousse, sous une lune ronde comme un œil de hulotte.

……………………….

Quand à nos deux compères grugés par un oiseau de paradis aux roucoulements de colombe, ils regagnaient leurs pénates bras-dessus bras- dessous en passant par le lavoir et y trouvèrent Célinie, celle-là même qui le matin même, épuisât Bertin entre ses cuisses.

Penchée sur sa lessive, les bras enduits de mousse jusqu’aux coudes, elle offrait à l’eau du lavoir ses seins en corbeille, son cul tourné à la lune, sa peau ruisselante de perles translucides. Les chandelles mourantes vacillaient et jouaient sur ses rondeurs agitées une sarabande du diable qui eut tôt fait de remettre en action les envies des deux compères loriot. Alors que soufflant comme une épuisée elle remettait en place une mèche échappée de son chignon, Célinie sentit deux bras la prendre à la taille et la maintenir debout tandis que l’empoignaient aux chevilles deux serres impérieuses.

Les rires, les incantations chuchotées dans son cou eurent tôt fait d’avoir raison de la peur qui la tint un instant dans son corset d’acier.

La paille qui accueillit ces trois êtres enlacés les picotait un peu mais ce souci fut vite oublié.

Célinie soupira quand les dents du marquis mordillèrent ses tétins. Célinie s’écria quand ses jupons troussés mirent à nu ses cuisses déjà ouvertes en grand.

Elle reçut, en partage, les hommages nacrés des hommes énervés.

Un dans sa gorge profonde.

Gourmande qu’elle était, elle en apprécia le goût anisé et l’onctueuse coulée qui lui laissa quelques gouttelettes mourantes au coin des lèvres.

L’autre dans sa chatte.

Elle en adora jusqu’à l’extase la divine raideur et les va et vient rudes qui l’amenèrent aux portes de l’enfer où elle aimait à perdre son âme.

Tag(s) : #Au jardin des délices

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